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La plage lors de la marée

La dénégation

20 Septembre 2015, 18:04pm

Publié par L'Océan

" En guérison depuis des années, j'ai eu très souvent recours à la dénégation. Elle m'a servi de défense, d'instrument de survie, de moyen de m'en sortir, et à certains moment, elle a presque causé ma perte. Elle a été à la fois une amie et une ennemie.

Quand j'étais enfant je me servais de la dénégation pour me protéger et pour protéger ma famille. Je me protégeais en ne voyant pas les choses trop douloureuses et en ne ressentant pas les sentiments trop lourds. La dénégation m'a permis de passer à travers bien des situations traumatisantes, lorsque je n'avais pas d'autres ressources pour survivre.

L'aspect négatif de la dénégation, c'était de me faire perdre le contact avec moi-même et avec mes sentiments. J'en suis venue à être capable de prendre part à des choses qui me faisaient du mal sans même savoir que je souffrais. J'ai réussi à supporter énormément de souffrances et d'abus sans penser le moins du monde que c'était anormal.

J'ai appris à participer à ces choses et à abuser moi-même de moi.

La dénégation m'empêchait de souffrir, mais elle m'empêchait également de voir mes sentiments, et de me voir moi-même. C'était comme une couverture qui m'enveloppait et m'étouffait.

Par la suite, j'ai amorcé ma guérison. Je me suis vaguement rendu compte de ma souffrance, de mes sentiments, de mes comportements. J'ai commencé à me voir comme j'étais, et à voir le monde comme il était. Il y avait tellement de dénégation dans mon passé que je n'aurais pas survécu au choc si la couverture avait été arrachée d'un seul coup. J'avais besoin d'aborder doucement, graduellement ces intuitions, ces souvenirs, ces moments de conscience et ma guérison.

En cours de guérison, je me suis retrouvé face à des incidents et à des personnes dont j'avais besoin pour me rappeler que je niais encore, pour me dire à quel moment il fallait guérir davantage de mon passé, à mesure que je parvenais à en accepter des bribes.

Au fil de mes besoins, il m'arrive encore d'utiliser, puis de percer la dénégation. Quand le vent du changement souffle, renversant une structure connue pour me préparer à une nouvelle, je saisis ma couverture et je me cache pendant un moment. Les choses niées font surgir des souvenirs, des souvenirs dont je dois me rappeler et que je dois ressentir et accepter afin de pouvoir continuer à guérir- à avoir de la force et la santé.

Parfois j'ai honte de prendre tellement de temps à lutter avant d'accepter la réalité. Je ressens de l'embarras quand je me retrouve enfouie dans le brouillard de la dénégation.

Puis quelque chose se produit et je constate que je progresse. C'était une expérience nécessaire, reliée au processus; ce n'était pas du tout une erreur, mais une partie importante de ma guérison.

Ce voyage qu'on appelle la guérison est un processus excitant, mais je sais que je dois parfois recourir à la dénégation pour traverser des endroits difficiles. Je me rends compte aussi que la dénégation est une amie et une ennemie. Je fais attention à certains signes de danger : des sentiments embrouillés, confus, une énergie paresseuse, des compulsions, le fait de courir trop rapidement ou trop fort, le refus des mécanismes de soutien.

J'ai appris que la meilleurs chose à faire pour ceux qui sont enveloppés dans ces couvertures, est de leur faire sentir qu'ils sont au chaud en sécurité. Plus ils se sentiront au chaud et en sécurité, plus ils seront capables de laisser tomber leur couverture. je n'ai pas à approuver ou à stimuler leur dénégation. Si les autres nient une certaine chose et si cette négation me fait du tort, je n'ai pas besoin de rester près d'eux. Je peux leur souhaiter bonne chance et me préoccuper de moi. Si je reste trop longtemps près de quelqu'un qui me fait du mal, je finirai inévitablement par reprendre ma couverture encore une fois.

J'ai appris à respecter les milieux chauds dans lesquels les couvertures ne sont pas nécessaires, ou du moins pas pour longtemps."

Extrait de : Savoir lâcher prise, de Melody Beattie, p.264 à 266.

En tant que victimes de manipulateurs, nous avons tendance à utiliser la dénégation. Nous le faisons lorsque nous sommes avec eux, car voir la réalité de la situation est si dur que nous ne pourrions le supporter. Et nous avons tendance à continuer, une fois que nous les avons quitté, car il est difficile d'accepter que la personne que nous avons tant aimée, ou celle qui nous a élevés, soit une personne manipulatrice. Car nous le savons bien, un manipulateur, n'a pas de sentiment. Donc voir et regarder la vérité en face, c'est voir et accepter que nous avons aimé une personne qui n'a fait que nous utiliser. Du coup, nous reprenons encore et encore, notre "couverture" de la dénégation afin de nous envelopper. Mais petit à petit, nous en avons de moins en moins besoin. Et par des petits signes, nous nous apercevons que pas à pas nous avons avancé, progresser. Nous avons de moins en moins peur, ni de nos manipulateurs, ni des autres. Et nous retrouvons de plus en plus la paix et le désir de vivre.

Alors soyons patientes et patients avec nous-même. Retrouvons le plaisir de nous aimer tels que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts, nos coups de gueules et nos coups de coeur, nos silences et nos délires. Retrouvons le chemin de notre vie, et osons prendre le gouvernail de notre propre navire. Osons être nous-même et laissons la guérison faire son chemin dans nos êtres...

Bon courage à toutes....