Pourquoi je m'accroche ?
Harry Harlow (1905-1981) psychologue et éthologiste américain.
Il est connu pour ses expériences de mise en isolation de jeunes macaques rhésus, qui ont démontré l'importance de l'accompagnement dans les premiers stades de développement des primates. Je vais beaucoup parler de ses expériences par la suite. John Bowlby s'est appuyé sur ses travaux pour théoriser l'attachement. Voici une de ses expérience :
"une singe femelle élevée dans l'isolement est parvenue à l'âge adulte, elle refuse tout contact avec ses congénères, toute approche du mâle. On procède à une insémination artificielle. Un enfant naît. Elle refuse de le nourrir, elle le maltraite, elle tente plusieurs fois de le tuer. L'enfant pourtant ne se laisse pas rebuter par les mauvais traitements, il s'accroche à elle, il la cajole, et petit à petit la mère se laisse séduire, elle s'attache à son petit. Parallèlement, son attitude à l'égard des mâles se modifie: elle est fécondée sans artifice. Et son second enfant, elle l'accepte avec tendresse." L'ATTACHEMENT. 2ème édition, René Zazzo, Collectif, DELACHAUX ET NIESTLÉ
Cette expérience nous montre comment en l'absence de soins adéquats, ou de suffisamment de tendresse, de confort et de chaleur, une mère développera des troubles de l'attachement. Elle sera au mieux indifférente ou négligente, au pire violente.
Ce qui est plus intéressant encore, c'est que le bébé va s'accrocher quoi qu'il en coûte à sa mère. Le besoin d'attachement est plus fort que tout, il n'est pas au second plan, il est au même niveau que le besoin de nourriture, ce qui est nouveau par rapport au théories Freudiennes.
Lire ce passage dans ce livre a fait l'effet d'une boule de canon. J'ai compris la nature de la relation fusionnelle que j'ai avec mon petit ami. Je comprends pourquoi je m'accroche si fort, pourquoi je peux tout supporter. Pourquoi malgré tout je reste ? Dans l'espoir de le faire changer, de le sécuriser et de le nourrir émotionnellement, comme ce petit singe qui s’accroche désespérément. Je passe la plupart du temps de très bons moments, mais quand il va mal et qu'il est colère, c'est difficile à gérer. Au fond je ne crois pas que je m'accroche tant que ça aux bons moments, même si ça m'aide, il s'agit plutôt du lien d'attachement qui me retient. Me séparer de lui signifierait gérer des émotions très fortes, et insupportables. Et ça pour le moment, ce n'est pas encore possible. Mon rapport à l'attachement doit être rééduqué.
Plus en profondeur, ma mère était parfois négligente, parfois maltraitante. Malgré le rejet, les menaces d'abandon, les négligence, les mauvais traitements, impossible pourtant de se séparer d'elle, l'idée m'en était insupportable, cela aurait été un déchirement épouvantable. En conséquence, cela m'a fait me comporter comme une girouette, parfois aimante, parfois agressive. Parfois proche, parfois distante. J'ai préféré supporter les mauvais traitements que de la dénoncer. J'ai préféré apprendre à me tenir à carreaux, être irréprochable, pour ne pas l'énerver, ce qui a impliqué beaucoup de poids sur mes épaules. Elle était imprévisible, (elle l'est toujours d'ailleurs...). Je n'avais pas toujours le soutien qu'il fallait quand j'en avais besoin. J'ai construit une muraille émotionnelle pour me protéger, pour tenir le coup, qui au fil des années est devenue difficile à briser, affectant mon fonctionnement neurobiologique, et générant une grande et profonde fatigue. Voilà où j'en suis aujourd'hui : déconstruire cette muraille, et je peux vous dire que je suis maintenant bien avancée ! Je ressens à nouveau des émotions, comme l'angoisse, l'anxiété, que je connaissais peu... J’apprends doucement à les gérer. Au début, c'est un peu la panique, et petit à petit on les apprivoisent, et enfin elle deviennent utiles, car ces émotions sont des signaux d'alarmes auxquels je porte maintenant le plus grand intérêt.
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